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Un socialiste à New York : mais que se passe-t-il aux États-Unis ?

, par  Jean-Philippe Feldman , popularité : 18%
Cet article provient d'une source externe à NJ sans autorisation mais à titre d'information.
Bonjour Visiteur à partir du 15 juillet 2025

Jean-Philippe Feldman, chercheur à l’Iref, un cercle de réflexion libéral, s’interroge sur les dynamiques du socialisme outre-atlantique. Après un maire, demain, un président PS ?

Le socialiste Zohran Mamdani a été élu le 4 novembre maire de New York . Il s’agit d’un coup de tonnerre dans l’histoire du socialisme américain qui se distingue profondément de celle du socialisme français. Pour bien comprendre les événements américains actuels, il faut en contrepoint s’intéresser aux spécificités du socialisme dans notre pays.

La France a été au firmament du socialisme durant les deux premiers tiers du XIXe siècle. Elle a alors compté un nombre considérable de penseurs, de Saint-Simon à Proudhon en passant par Fourier ou Considérant. Elle peut être considérée comme le terreau du socialisme, seul Robert Owen en Angleterre bénéficiant d’une telle aura internationale jusqu’à ce que les idées de Marx et d’Engels ne se diffusent, d’ailleurs lentement en France.

La radicalité de la « gauche de la gauche » va puissamment marquer notre syndicalisme ouvrier. En effet, dès l’origine, à la fin du XIXe siècle, les syndicats vont tisser des liens incestueux avec le marxisme en s’éloignant du mutualisme. Le syndicalisme de combat va l’emporter sur le syndicalisme de services, jusqu’à aujourd’hui.

Minus électoral

Pendant ce temps, le socialisme vivote de l’autre côté de l’Atlantique. En 1906, le sociologue allemand Werner Sombart fait paraître un ouvrage qui deviendra rapidement célèbre : Pourquoi le socialisme n’existe-t-il pas aux États-Unis ? Il est remarquable que l’une des questions classiques de la sociologie politique ait été celle de savoir pour quelles raisons le socialisme était absent outre-Atlantique alors que, en France, la question eût été plutôt de savoir pour quelle raison le libéralisme était évanescent…

Werner Sombart se demande donc pourquoi il n’y a pas de socialisme en Amérique. Il ne veut pas dire par là qu’il n’existe pas de mouvement, d’organisation ou de militants socialistes ; il constate que le socialisme pèse très peu électoralement. Pour quelle raison ? Le sociologue voit que la situation matérielle et sociale des ouvriers américains est bonne, et que ce fait établi ne les pousse pas vers une doctrine radicale visant à transformer la société.

Cela posait donc problème au regard de la doctrine marxienne. En effet, il eût été logique que le socialisme se développât plus aux États-Unis qu’en Russie qui, certes, n’était pas le pays totalement arriéré plus tard décrit par les néomarxistes pour glorifier en contrepoint l’URSS. Le développement exponentiel du capitalisme yankee aurait dû pousser au paupérisme, du moins à la paupérisation, de la « classe ouvrière » et mener à la « lutte des classes ». Ce n’est pourtant pas ce qu’il advint.

Au contraire, plus les socialistes américains sombraient dans le dogmatisme, plus les syndicats y étaient rétifs. En réalité, le socialisme se trouvait confronté à de puissantes barrières économiques, historiques et politiques, qu’il s’agît de l’histoire du pays et de sa prospérité, de l’individualisme foncier de ses habitants, d’une Constitution glorifiée comme garantie de la liberté ou du rejet viscéral des idéologies entendues au sens totalitaire. Ajoutons – nous allons y revenir – que le système des partis américains ne plaide pas en faveur de l’implantation d’un parti socialiste.

Un événement, mais pas une surprise

L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York est donc un événement de premier ordre. Elle ne constitue cependant pas une surprise : d’abord parce que, après bien des péripéties électorales, il était largement favori ; ensuite parce que sa victoire représente le point d’orgue d’une montée en puissance ces dernières années de candidats socialistes, au premier rang desquels se trouve le multiple postulant à la candidature démocrate Bernie Sanders.

Comment s’explique cette montée en puissance ? On peut y voir une multitude de facteurs de nature politique, mais aussi économique et sociale. La contestation anticapitaliste est en passe de devenir une tradition dans certaines universités. La radicalisation d’une partie des républicains, Donald Trump au premier chef, est un facteur de radicalisation générale autour du populisme – un populisme qui est lui aussi une vieille tradition d’une part de l’électorat américain, mais qui a repris ampleur avec le président actuel.

Plus largement, les valeurs tout aussi traditionnelles de l’Amérique existent toujours, mais elles sont contestées par une partie de l’électorat. À preuve le sondage de l’institut Gallup du 7 septembre dernier d’après lequel seuls 54 % des Américains ont une opinion favorable du capitalisme. On pourra dire, surtout en France, que le chiffre n’est pas si mauvais… si ce n’est qu’il est en nette baisse : le dernier sondage Gallup du même type, en 2021, donnait 60 % d’opinions favorables, un chiffre stable puisque la première édition du sondage en 2010 aboutissait à 61 % d’opinions favorables.

Un système électoral défavorable

L’élection d’un président socialiste est-elle envisageable aux États-Unis ? Rien n’est moins sûr . Une série de facteurs s’y opposent, du moins à court et moyen termes. D’abord, les grandes traditions américaines demeurent vivaces dans une large partie de la population. Si nous reprenons le sondage précité, nous constatons que la relative défiance envers le « capitalisme » concerne les grandes entreprises (37 % d’opinions favorables seulement en 2025), tandis que la notion de libre entreprise et surtout les petites entreprises sont plébiscitées (respectivement 81 et 95 %).

Ce qui est frappant dans ce sondage, c’est surtout le fait que de plus en plus d’électeurs du Parti démocrate ont une opinion positive du socialisme (plus de 60 %), à l’inverse du résultat général (39 %), très stable (il était de 36 % en 2010), et évidemment des électeurs républicains (moins de 20 %) et des indépendants (moins de 40 %), là encore des chiffres équivalents sur les quinze dernières années.

Ensuite, le système électoral, le système de partis et le fédéralisme américains ne favorisent pas l’émergence d’un Parti socialiste. Les partis politiques sont aux États-Unis des conglomérats d’intérêts divers, et on dit souvent qu’il existe 50 partis républicains et 50 partis démocrates, tant les règles et usages sont divers suivant les États fédérés. Le Parti démocrate est actuellement très divisé entre des factions modérées et une nouvelle faction radicale. C’est donc surtout de l’évolution des factions internes au Parti démocrate que dépendra l’évolution du socialisme aux États-Unis.

Lire l’article dans Le Point

Illustration de couverture © AP PhotoSeth Wenig

L’article Un socialiste à New York : mais que se passe-t-il aux États-Unis ? est apparu en premier sur IREF Europe .

Voir en ligne : https://fr.irefeurope.org/un-social...