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Un p’tit poême

vendredi 30 mai 2008, par Jean-Claude THIODET - Voir en PDF : Enregistrer au format PDF


Place Bugeaud et rue des Généraux Morris

- ALGER, MA VILLE -

Après ce dur exil, c’est à peine si j’ose
Te dire, Alger ma Ville, nous sommes en osmose…
Pardon, pardon ma « Blanche » de t’avoir investie,
Architecte un peu fou de rêves et d’inepties !
Les vaisseaux de mon corps, à l’ancre de ma jetée,
Sont les navires de ton port face à l’Amirauté.
Mes veines et mes veinules sont tes rues, tes ruelles,
Je les sens battre, sourdre, vivantes, perpétuelles :
Arago, Berthelot, Chartres, Pasteur, Batandier…
Des centaines à coup sûr désormais répudiées !
Mes artères sont Isly, Baudin, Lyon, Carnot,
D’autres et d’autres encore… Le sang de mes canaux
Irriguent banlieues, quartiers : La Marine, Champ de manœuvre,
Ben Aknoun et Kouba, Basséta « Le chef d’œuvre » !
Le cœur de Bab-el-oued étonné, m’interroge…
Le temps a-t-il cessé à l’heure des « trois horloges » ?
Tes jardins sont présents en tatouages internes,
Je m’y promène souvent, nostalgique, l’âme en berne…
Pourtant le Frais Vallon, Nelson, Laferrière
Resplendissent toujours, écrasés de lumière.
Le sable de tes plages granule sous ma peau
Et je l’entends crisser quand je suis en repos…
La Pérouse, Matifou, Zéralda, Pointe Pescade !
Le bain étant prétexte à la moindre escapade
Pour un peuple joyeux, coloré, animé,
Doré par ce soleil qu’il a tant et tant aimé…
Mes côtes sont les tiennes, est-ce une métempsychose ?
La mer est mon humeur, j’y perçois toutes choses…
Sereine, alanguie, caressant tes rivages,
Emu au souvenir de ces douces images…
Violente et déchaînée, ivre, blasphématoire,
Battant mes flancs pour flageller l’Histoire !
J’ai gardé tes senteurs, de la menthe à l’anis,
Elles s’exhalent par mes pores que nulle effluve dénie…
Et puis, il y a les sons dont mes oreilles bourdonnent,
Les rires, les pataquès, les surnoms que l’on donne !
« Se taper la kémia ac’ les escargots »,
« Descendre en bas le port », « Va de là, falampo » !
Folklore d’un peuple ! Original lexique
Enfoui dans ma mémoire comme une pieuse relique !
Des clichés infinis de la vie d’autrefois
Tapissent mes arcades, mon subconscient fait foi !
« L’Harrach et son marché », « Fort de l’Eau, ses brochettes »,
« La Casbah, ses bordels », « rue Michelet, la cafète », !
« La Pêcherie, ses poissons », « Rovigo, ses tournants »,
« Bab-el-oued , ses nuits chaudes », « La loubbia cher Fernand » !
« Mingasson », « Télemly », « Le stade et la piscine »,
« Le Duc d’Aumale et Bugeaud », « El-biar, les Glycines »,
« Saint-Eugène, le cimetière », « Belcourt », « L’Arsenal »,
« Baïnem, la forêt », « Mustapha, l’hôpital »,
« Les chalutiers », « Les barques », « les yoles du Sport nautique »,
« L’Esplanade » et bien sûr, notre « Dame d’Afrique »…..

Elevé par tes soins dans une foi idolâtre,
Je suis comme toi, bâti sur un amphithéâtre…
Tu cernes par mes bras, la plus belle des baies,
Vision du « Grand Départ », sur ma rétine gravée…

Excuse-moi, lecteur, mon âme s’est engagée
Dans les rues de mon cœur pour me parler d’ALGER…

Etienne MUVIEN

[Début de page]

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1 Message

  • 4555 - Un p’tit poême
    30 mai 2008 14:07, par Choirzy

    Bravo et merci Jean-Claude pour ce poème si bien tourné qui rappelle tant de choses au patos itinérant que j’étais alors ...

    << La serviette à la main, d’un pas tranquille et presque nonchalant, comme un visiteur qui revient au pays après une longue absence, curieux de tout et de rien, je flânais dans les parages de l’ex-rue Sadi Carnot à la recherche d’anciens clients ayant résisté au grand chambardement ... /...

    Cette rue, comme la plupart des grandes artères de la ville, avait été débaptisée et renommée en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. C’est toujours comme ça.

    Le premier acte politique de tout nouveau régime pour affirmer sa présence sur le terrain, un peu comme le chien lève la patte pour marquer son territoire ... est de changer le nom des rues, des villages et des villes, tout de suite, toute affaire cessante.

    Il n’y a rien de plus urgent, de plus important que d’effacer la marque du vilain, de l’odieux régime ayant précédé la révolution salvatrice !

    Sans y parvenir d’ailleurs, on espère ainsi impressionner la populace qui, au vrai fond des choses n’en a évidemment ’rien à carrer’ et continue de vaquer à ses occupations quotidiennes en utilisant imperturbablement et pendant des lustres, les anciennes appellations.

    C’est qu’il en faut beaucoup plus pour modifier les habitudes de tous ces moutons de panurge.

    Ah ! les ingrats ... >>

    Répondre à ce message


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