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Regard sur des « Français d'Algérie Silencieux » ! ECOUTE réservée aux abonnés

jeudi 8 janvier 2009, par Jean-Paul BALLESTER - Lecture réservée abonnés (en cours)

A l’indépendance de l’Algérie, les « Pieds Noirs » ont vécu l’exode. Un exode douloureux lié à une profonde déchirure au plus profond des entrailles.

Pour nous « Français d’Algérie » qui avions vécu des jours heureux même si la précarité ne nous donnait pas, en tout cas à la plus grande majorité d’entre nous, la possibilité de vivre dans le « bien être financier », c’était tout de même une part de bonheur que nous laissions là bas. Tel était le prix à payer pour tourner la page sur un terrorisme aveugle qui, pendant ces années qu’on appellera plus tard la « guerre d’Algérie », avait endeuillé nos familles.

En quittant le port ou l’aéroport du pays de nos ancêtres, de ce pays qui nous a vu naître, grandir, nous avions le cœur gros, rempli de désarrois, d’amertume, de tristesse ; Nous devions nous rendre à l’évidence et tirer un trait sur notre passé, laissant là-bas nos morts, nos disparus, nos jours heureux, nos espoirs trahis … pour rejoindre la France métropolitaine.

La France, cette mère patrie que la plus part de ses enfants de l’autre rive allaient découvrir pour la première fois, mais une France que nous connaissions bien grâce à l’enseignement reçu à l’école de la République où nous apprenions la géographie et l’histoire de France, et même « que nos ancêtres étaient Les Gaulois, que cette France était accueillante, généreuse ». Pourtant dès débarqués sur cette terre métropolitaine, notre reconstruction s’est faite dans un climat d’incompréhension.

Il était donc difficile de parler d’intégration, car à l’époque et sans vouloir en faire une généralisation le « Français d’Algérie » était assimilé à un « colon », un « exploiteur », considéré même comme un « étranger ». Mais que venaient ils faire ces « Pieds Noirs » sur le sol Français ? A l’incompréhension des uns venait s’ajouter un rejet plus ou moins prononcé des autres entraînant de ce fait des situations tragiques, parfois dramatiques.

D’un côté, des gens qui compatissaient et nous ont aidé. D’un autre côté, des gens mal informés, méfiants mais sans hostilité majeure envers nous qui ne demandaient qu’à comprendre. Et ces groupuscules qui nous rejetaient en entretenant parfois la confusion dans les esprits les plus accueillants…

Quelques Pieds Noirs ont fait le choix de s’installer en territoire français d’ Outre-Mer, d’autres ont préféré recommencer leur vie ailleurs dans un autre pays… C’est une histoire commune que chacun reconnaît avec peut-être des variantes.

Pour les uns, cette histoire continue de s’écrire car au delà de cette mémoire collective à défendre, de cette reconnaissance justiciable, il y a toujours cette blessure béante, douloureuse qui pour beaucoup ne peut se cicatriser.

Pour les autres ce livre d’histoire a été à un moment de leur vie complètement refermé, il a été rangé dans la malle aux souvenirs.

En ce qui concerne ces derniers,

Je ne parlerai pas de ces « amnésiques » qui ont brûlé leur « identité » en reniant notre passé tout en bloc au nom d’une idéologie ou tout simplement au nom d’une réussite sociale ou politique .

Je ne parlerai pas non plus de ceux qui quarante années plus tard sortent de leur « mutisme »… un peu comme moi pour rouvrir publiquement la malle remplie de souvenirs, de nostalgie… Avec pour chacun d’entre nous un vécu de l’intégration qui nous différentie les uns des autres dans la réflexion, dans la manière de faire connaître notre histoire et même dans le jugement que nous portons sur les Pieds Noirs, toutes catégories confondues.

Je vais simplement vous apporter des témoignages de ces « Français d’Algérie silencieux » qui éparpillés au cœur de la France profonde, loin du rivage méditerranéen et des grandes villes, loin aussi des regroupements communautaires, se sont reconstruits dans une intégration parfois lente et compliquée… avec comme compagnon d’infortune « l’isolement ». Aujourd’hui, considérés et respectés dans leurs villages et villes d’adoption, ils bénéficient de la confiance de leurs concitoyens, nombreux sont devenus responsables d’associations, élus territoriaux, militants politiques …

En un peu plus de trente ans, au hasard de mes déplacements professionnels, j’ai rencontré ces Pieds Noirs installés dans ces petites villes et villages, complètement absorbés par leurs activités liées à leurs boulots, à leurs loisirs et à leurs engagements multiples.

Méfiants, parfois, à mon égard quant ils apprenaient que j’étais moi-même du « pays ». Il faut savoir tourner la page me disaient ils, ou encore, avec les revendications, les prises de positions de certains, eh bien on se fait mal voir… Je me souviens de ce maire, conseiller général m’expliquant : Chacun sait très bien que ma femme et moi sommes de là bas, vous voyez nous avons conservé l’accent. Pour moi aujourd’hui, être Pieds Noirs, c’est être un Français qui a reconstruit sa vie ici. Il ne faut pas mélanger le passé au présent.

Avec l’arrivée d’Internet dans les Foyers, les « Sites P.N. » se sont multipliés. Une adjointe au maire dans un petit village me disait dernièrement Mon père a été assassiné à Oran, je suis arrivée ici à l’âge de 16 ans, avec le temps je me suis adaptée… j’ai découvert qu’un copain avait réalisé un site sur notre village, c’est formidable, on y retrouve notre jeunesse… on s’écrit amicalement…

Je cite le Président d’une association sportive : Il y a des sites que j’apprécie beaucoup, c’est un peu l’album photos du souvenir… mais il y a une orientation politique sur d’autres sites que je n’aime pas, on n’est plus dans les années 60.

A ma question « intervenez-vous dans les forums P.N. ? » La plus part ont été réservés sur la réponse pour ne pas dire muets, sauf quelques uns dont Isabelle, présidente d’association et militante politique : Je me suis exprimée il y a deux ou trois ans sur un site, donnant simplement mon point de vue sur un sujet, j’ai eu droit en retour à des attaques personnelles n’ayant rien à voir avec le sujet traité …

J’ai entendu souvent dire : l’intolérance n’arrange rien et sûrement pas le rassemblement de la communauté… Il vaut mieux se taire que polémiquer entre nous… Ce genre de forum est politisé ou il donne une mauvaise image de nous… Il y en a même quelques uns qui pensent que des personnes emploient plusieurs pseudos histoire de faire mousser la polémique…

Il y a très peu de temps, le fils d’un Pieds Noirs m’a dit avec fierté : Je ne connais pas le pays de mon père, je suis né ici… vous avez vu notre petite ville, c’est l’œuvre de mon père, c’est son troisième mandat de maire… C’est un bâtisseur comme mes ancêtres en Algérie… Voilà de quoi méditer non.

Tout en restant fidèles à leur passé mais tellement bien intégrés dans le paysage, ces Français d’Algérie muets ou silencieux se sentent en marge de la « communauté ». Je pense que si un jour ils ont le courage de sortir de leur silence ou de leur réserve, ils pourront (dans la contradiction et la diversité des opinions) apporter un plus à notre communauté et faire avancer notre histoire.

Ces quelques quarante années de reconstruction individuelle doivent figurer dans notre patrimoine historique, priver le plus grand nombre de cette connaissance est une décision égoïste.

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7 Messages de forum

  • 10399 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 8 janvier 2009 15:13, par Ryad

    Je viens de lire cet article avec le regard et le recul d’un Algérien , il faut dire aussi que je suis né après 62 aussi…mais je comprends que ce n’est pas facile, c’est dut de quitter son pays, je comprends la nostalgie que cela peut engendrer…mais je dois dire que je suis fier de tout ces pieds noirs que je vois dans les rues d’Alger, j’adore les voir d’ailleurs.

    Ryad d’Alger

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    • 10403 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 8 janvier 2009 17:09, par malandrin

      En touriste ? C’est comme ça qu’ils y vont. Et ce n’est pas de la nostalgie qu’ils ressentent. On leur a volé leur terre. On peut comprendre que certains se sentent lésés et ne veulent plus rien entendre de ce pays. Les autres ont la haine … oui de la haine, parce qu’on les a spoliés et parce que leur pays n’est plus rien. Il n’existe plus. Mais peut-être que ça fait plaisir à beaucoup de gens d’ici et de là-bas. D’ailleurs ils ne se cachent pas pour le dire le net est là pour ça !

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  • 10458 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 10 janvier 2009 14:30, par Blackfoot27

    Cher compatriote, Jean-Paul.

    Je viens de lire attentivement votre article dont j’avalise totalement l’ensemble de son contenu. Hormis une toute petite minorité de Pieds-Noirs, cet exode sans espoir de retour restera à jamais une profonde déchirure, au plus profond de nos entrailles. Malgré les plus de quarante ans qui se sont écoulés depuis, la grande majorité des coeurs meurtris continueront à saigner jusqu’à la fin de la vie. Même si l’on reste encore majoritairement silencieux, il n’est donc point du tout question que l’on tourne la dernière page, en refermant définitivement le livre d’histoire des bons et mauvais souvenirs que nous avons vécu dans notre pays natal tant aimé. Il faut bien reconnaître qu’avant de disposer des moyens informatisés, on n’avait jusqu’alors pas la possibilté d’essaimer à tout vent, notre tristesse et nos ressentiments.Comment peut-on le faire sans nous déshonorer, en oubliant nos valeureux ancêtres qui ont été les principaux pionniers du sublime épanouissement de l’Algérie Française. Les esprits tortueux et malveillants, politiciens, scribouillards et leurs sbires n’ont eu de cesse que d’écrire l’histoire de France contemporaine selon leurs propres arrangements d’arrivistes personnifiés. Je cèderai bien ma place au Paradis, si toutefois je la mêrite en tant qu’humble et honnête citoyen, en la troquant par une malédiction éternelle à l’encontre de tous les menteurs, tricheurs, spolieurs, profiteurs, et autres âmes perdides et cupides, de la haute société de la classe dirigeante qui exploite honteusement le bon petit peuple, de par le Monde. Quand on veut identifier les véritables "colonialistes", au sens péjoratif du terme, d’hier ou ceux des "néo-colonialistes de la mondialisation", dans les deux sens, d’aujourd’hui, Il n’y a tout simplement qu’à montrer du doigt l’ensemble de cette gent, de la pire espèce.

    Bien cordialement à vous ainsi qu’à tous nos compatriotes Pieds-Noirs et Métropolitains "véritablement francophiles".

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  • 10472 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 10 janvier 2009 23:54, par Jean Paul

    Pour rester dans le vif du sujet sur les Français d’Algérie silencieux et pour répondre aux uns et aux autres, je n’ai eu à aucun moment l’impression que ces Pieds Noirs avaient l’intention de retourner Là Bas que cela soit en touriste, en pèlerin ou pour y travailler.

    Je précise qu’en se reconstruisant ici, dans les villes et les villages de la France profonde, ils se sont mis au service de « leur pays d’accueil » et de leurs concitoyens en déployant toute l’énergie de leur dynamisme, de leur compétence, de leur ingéniosité, de leur savoir faire de bâtisseur au sens le plus large… à un tel point que nos compatriotes métropolitains les ont adopté puis « enraciné ». Un Chef d’Entreprise métropolitain m’a dit en parlant des Pieds Noirs, peut être pour me faire plaisir mais j’en doute, « c’est une richesse de cerveaux en tout genre que l’Algérie a perdu et que la France a su intégrer à son développement ».

    Pour ces Français silencieux, car il s’agit bien d’eux, leur pays natal s’arrête tout simplement d’exister en 1962 ou quelques années un peu plus tard. Pour ces Pieds Noirs, l’avant 1962 appartient désormais a un passé… Lors de mes rencontres, je n’ai perçu chez ces hommes et femmes aucune haine mais de la fraternité pour ce peuple resté là bas, à cause sans doute des moments heureux et de bonheur partagés. Par contre, j’ai bien ressenti une banale indifférence à l’égard d’un pays qui leur est devenu complètement étranger.

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    • 10475 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 11 janvier 2009 06:57, par Marino

      " pays natal s’arrête tout simplement d’exister en 1962"

      - c’est exactement cela : L’Algérie de cette époque a subi un raz-de-marée (exode), elle n’existe plus, il reste là-bas une République Algérienne Démocratique et Populaire qui a changé tous les noms des villes construites par les colons. (mais qui n’oublie pas 46 ans après d’acoller aux noms arabes le nom français en référence …bizarre)

      - Quant au tourisme : Il n’existe pas, même pas sur les sites romains ou musées qui retombent en ruine après tous les travaux que Stéphane GSELL a entrepris sur les fouilles fructueuses à Tipasa et plusieurs régions de l’Algérie.

      - Les "Français d’Algérie silencieux" ont déployé toute l’énergie de leur dynamisme, de leur compétence, de leur ingéniosité, de leur savoir faire de bâtisseur au sens le plus large sur les autres Départements français. Ils ont tourné la page et recommencé l’ Histoire comme leurs ancêtres après les épidémies de choléra et de malaria subies

      - Commentaire : Une page tournée…vers le BONHEUR…avec un peu de nostalgie pour une histoire ancienne qui n’existe plus.

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    • 10533 - Regard sur des « Français d’Algérie Silencieux » ! 11 janvier 2009 23:31, par Jean Paul

      > Bonsoir à toutes et à tous, Un petit rappel !

      > C’est un peu, même beaucoup dommage que les commentaires de certains intervenants se trouvent complètement dans la zone Hors Sujet par rapport à l’article publié … ce qui malheureusement superpose un débat personnel, imposé et dirigé par des « intervenants » qui à la lecture semblent tout naturellement se défouler… tout en ignorant l’article édité. Lorsqu’on ne respecte pas le thème d’un forum lié à un article c’est la pagaille… et un non respect élémentaire pour l’ensemble des lecteurs qui s’y intéressent ainsi que pour son auteur. Les règles des forums de Notre Journal sont claires et son rappelées régulièrement par Marc notre Chef Rédacteur. Aussi je vous demanderai de respecter cette règle , si non je serai dans l’obligation d’effacer vos messages.

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  • 10548 - A la demande justifiée de l’auteur de l’article 12 janvier 2009 09:24, par WebMaster

    nous avons supprimé quelques interventions vraiment hors sujet.

    Par contre comme vous ne suivez pas nos conseils et que vous répondez à d’autres messages en cascades… certaines bonnes interventions disparaissent désolé ! ..

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