Ce 26 mars 1962 je me trouvais à mon bureau situé en rez-de-chaussée du 8 de la Rue Cavaignac. La veille, j’étais arrivé à Maison-Blanche en provenance de Touggourt chargé de dossiers liés à mes activités de transports sahariens.
Ma femme était venu me récuper à l’aerodrome et m’avait signalé qu’une grande manifestation en soutien au quartier de Bab el Oued encerclé, était prévue pour le landemain. J’ai donc décidé de venir à mon bureau pour déposer mes dossiers et ensuite participer à cette manifestation.
Demeurant dans le quartier d’Hydra et en me rendant à mon bureau j’ai eu ce jour-là beaucoup de difficultés à y accéder. Je suis tombé sur plusieurs barrages. Finalement, je n’ai pu y parvenir vers 2 heures de l’après-midi qu’en passant par le port. À mon arrivée, j’ai constaté que le quartier était vide de monde et que tous les rideaux étaient tirés.
Après avoir sorti les dossiers de ma voiture et les avoir disposés sur chaque bureau de collaborateurs concernés, et puis pris connaissance du courrier parvenu pendant mon absence, je m’apprêtais à tirer le rideau et rejoindre la manifestation, quand brusquement j’ai entendu une formidable déflagration, comme si c’était une salve d’armes de gros calibre suivi d’un très bref silence, lui-même suivi d’interminables tirs sporadiques de petits calibres.
Lorsque le silence complet est advenu, je me suis dirigé à pied vers la rue Alfed Leluch ; sur ma gauche, en direction du boulevard Baudin se trouvait un barrage empêchant de pénétrer sur le plateau des Glières ; sur ma droite, la rue Alfred Leluch était déserte, je la traversais, longeais le mur de la partie arrière de la Grand’Poste, allais vers l’escalier qui permettait de rejoindre la rampe Bugeaud ; et là, deux soldats m’en interdirent le passage.
Il ne me restait plus qu’à rejoindre ma voiture et repartir par là où j’ètais venu, c’est à dire, par le port.
Sur mon chemin de retour je réfléchissait sur ce qui avait bien pu se passer et en arrivais à penser qu’un massacre avait probablement bien eu lieu.
En terminant, je souhaite que mon témoignage serve de pièce à un dossier judiciaire à ouvrir par des juristes compétants pour crime de De Gaulle, puisque les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.
Fait à Gava, Espagne, le 10 mai 2009
Jean-Pierre MALEN
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