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Partie 3 : L’incroyable voyage..
dimanche 2 mars 2008, par Jean-Claude CHOUARD
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( troisième extrait de l’oeuvre de Yves Courrière "La guerre d’Algérie" tome IV - Les feux du désespoir- Fayard Editeur 1971)
Tout avait réussi. Les cadres de la willaya étaient d’accord.
Un cessez-le-feu était désormais possible mais ne serait réellement profitable que s’il était admis et suivi par les autres willayas. Telles étaient en bref les nouvelles qu’apportaient le 31 mai 1960 les émissaires de la willaya 4 à leurs homologues Tricot et Mathon à nouveau réunis à la préfecture de Médéa.
Cette fois les cinq hommes devenus de vieilles connaissances ne perdirent pas de temps en approches subtiles ni en précautions de langage. Ils étaient cinq dans la même galère. Deux mois s’étaient écoulés et il ne s’agissait plus de perdre de temps. Les résultats étaient positifs et le secret entourant leurs contacts avait été préservé.
Chacun des deux partis avait joué le jeu. Un miracle. Il fallait profiter du courant de confiance établi entre les ennemis d’hier pour faire aboutir aujourd’hui le projet de cessez-le-feu. Pourtant, après que Lakhdar eut expliqué les contacts avec les différents commandants de zone, Bernard Tricot et le colonel Mathon, rompus aux discussions de cabinet et aux sous-entendus, décelèrent chez leurs interlocuteurs une certaine gêne.
Malgré les nouvelles optimistes la machine grippait. Mais où ?
Si les commandants de zone étaient tous favorables c’était de l’état-major que provenaient d’éventuelles réticences. Il fallait en avoir le cœur net. Faisant preuve d’une psychologie rare de la part d’un maquisard descendu de sa montagne, Lakhdar prit les devants :
<< Nous avons deux problèmes, avoua-t-il, le premier vient d’un homme : Si Mohamed, l’adjoint militaire de Si Salah, l’autre est un problème d’attitude générale. Nous sommes conscients de l’intérêt que représentent ces discussions à l’échelon le plus haut mais en même temps nous craignons de donner à certains, peu familiarisés avec les subtilités des contacts secrets, l’impression de trahir, de jouer pour notre propre compte et dans notre intérêt personnel. >
<< Si Mohamed est opposé à nos entretiens ? > interrogea Mathon.
<< Non. Pas ouvertement. Mais c’est un chef militaire très dur, très difficile à convaincre. Il voit la trahison partout. Lors des crises internes récentes il a été très violent. Beaucoup de djounoud, et de cadres aussi, ont peur de lui. >
Si Lakhdar semblait embarrassé. Aucun des deux émissaires français ne releva l’allusion aux terribles purges qui avaient décimé quelques mois auparavant les cadres intellectuels de la willaya.
Si Mohamed était donc de ces adeptes sanguinaires d’Amirouche. Il faudrait compter avec son intransigeance. Pour l’heure il s’agissait de rassurer Lakhdar, lui donner bonne conscience.
<< Il n’y a pas traitrise, plaida Tricot, lorsqu’on tente de mettre honnêtement sur pied les conditions d’un cessez-le-feu qui ne sera pas uniquement applicable à la willaya 4 mais à tous les combattants de l’Intérieur. Quels qu’ils soient. En outre vous ne traitez pas avec l’armée mais avec le gouvernement. >
<< C’est pourquoi, enchaîna Si Lakhdar, il sera indispensable qu’une fois définies les conditions d’arrêt des combats, nous amenions les autres willayas à partager notre point de vue. >
Le chef politique s’arrêta un instant, passa la main sur son visage, comme pour se donner les secondes d’une ultime réflexion, puis se lança :
<< Pour convaincre Si Mohamed, pour persuader les willayas voisines nous avons besoin de traiter notre affaire à un haut niveau. C’est pourquoi nous n’avons voulu rencontrer que des représentants du pouvoir parisien. Maintenant que nous sommes sur le point d’aboutir il faudrait frapper un grand coup, d’une portée psychologique importante. Nous vous faisons personnellement confiance, vous représentez directement le général de Gaulle et M. Debré, mais si nous pouvions rencontrer une haute personnalité politique de Paris qui conclue avec nous les accords que nous avons étudiés cela faciliterait énormément notre travail. Vis-à-vis des autres willayas, et aussi vis-à-vis de Si Mohamed, nous serions plus représentatifs. >
L’idée était bonne. Tricot et Mathon l’avaient d’ailleurs évoquée à Paris et Michel Debré ne s’y était pas opposé.
<< Je crois que cela peut se faire, répondit Bernard Tricot. Laissez nous quarante-huit heures. Après demain vous aurez la réponse.>