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Alger 1957 : La bataille d’Alger

mardi 4 mars 2008, par Jean-Claude THIODET - Voir en PDF : Enregistrer au format PDF


Alger 1957 : la terreur, la mort et les larmes

26 janvier 1957. Alger. Il est 17 heures.

Dans un bar du centre de la ville, l’Otomatic, rendez-vous des étudiants et des jeunes Européens, deux jeunes filles algériennes boivent un chocolat chaud. Après avoir payé leurs consommations, elles se dirigent vers les toilettes, déposent un petit paquet et quittent le bar, d’un pas nonchalant.

Dans le café d’en face, la Cafétéria, une autre musulmane glisse discrètement une boite sous le juke-box.

Quelques centaines de mètres plus bas, au Coq Hardi, une troisième Algérienne dépose un sac sous le pied de fonte de son guéridon et s’en va.

A 17 h 25, la première bombe éclate à l’Otomatic. On entend des cris, des hurlements. Les badauds s’attroupent. On évacue les premiers blessés. A 17 h 30, une deuxième bombe souffle la Cafétéria. A 17 h 35, une troisième enfin éclate au Coq Hardi. Les lourdes vitres de la terrasse volent en éclats, frappant et mutilant les consommateurs.

En dix minutes, les trois bombes auront causé la mort de quatre personnes, et grièvement blessé ou mutilé soixante innocents. Face à cette situation, de jour en jour plus tendue et plus grave, que compte faire le gouvernement français ? Comment ramener la paix et préserver la vie des habitants d’Alger ?

Depuis le milieu de l’année1956, le gouvernement français voit le climat se détériorer en Algérie. Aux attentats du F.L.N. (Front de Libération National) répondent les représailles de la police. C’est l’escalade de la violence.

Au début de l’année 1957, Jean Mairey, directeur général de la Sureté nationale, remet un rapport confidentiel à Guy Mollet où il n’hésite pas à émettre certaines réserves sur l’attitude des civils et des militaires au pouvoir. La répression sanglante, selon ce haut fonctionnaire imprégné d’humanisme, ne peut que durcir la position de la population musulmane d’Algérie.

A l’appui de ses dires, il cite l’incident de Médéa du 26 décembre 1956.

Ce jour-là, deux spahis sont tués par des membres du F.L.N. Aussitôt, la troupe organise des représailles contre les civils de la région.

Les soldats font irruption dans le village, tirent sur les paysans, écrasent les blessés avec des automitrailleuses, lâchent des chiens sur les fugitifs. Ce massacre horrible entraîne l’adhésion au F.L.N. des jeunes gens de la région jusque-là hostiles à l’organisation rebelle.

« Et, conclut Jean Mairey, j’écris sans passion et sans joie parce que ma conscience me force à le faire. Je ne peux m’empêcher de penser, face à tant d’incompréhension, que bien des choses eussent changé avec d’autres méthodes. »

Une dangereuse chimère

Le directeur de la Sureté attire ensuite l’attention du gouvernement sur les moyens mis en oeuvre pour lutter contre le terrorisme.

« Ainsi, écrit Jean Mairey, l’action directe des terroristes musulmans, à laquelle est venue s’ajouter, au cours des derniers mois, celle du Parti Communiste algérien clandestin, a fini par donner des arguments aux ultras qui ne demandaient que de telles justifications à leurs propres activités...

« A ceux, s’il en demeure encore, qui se bernent de l’illusion de la seule solution du problème algérien par la force - de l’armée et de la police conjuguée- je réponds que c’est là une dangereuse chimère parce que désormais irréalisable. Le fossé est trop large, la haine trop intense, l’incompréhension trop totale, après trop de violences et trop d’injustices pour que l’Algérie redevienne, sans de grands bouleversements, une unité réelle... Le sort de l’Algérie est entre les mains des politiques... »

Rétablir, coute que coute, l’ordre en Algérie

Au moment où ce rapport parvient à Guy Mollet, le gouvernement français apprend que le F.L.N. prépare une grève générale pour le 28 janvier 1957, à Alger.

La police, estime Guy Mollet, ne pourra, à elle seule, enrayer la grève. Dans l’état actuel des choses, seule l’armée rétablira le calme. Le ministre-résident Robert Lacoste fait alors appel au général Massu et à sa 10e D.P. (division parachutiste). Bourges- Maunoury , le ministre de la Défense, entérine la décision.

Massu aura carte blanche et recevra tous les pouvoirs.

Le Préfet Serge Barret, entré en fonctions à Alger le 11 décembre 1956, publie le 7 janvier 1957 un arrêté en ce sens dont voici le texte :

« Article premier : Sur le territoire du département d’Alger, la responsabilité du maintien de l’ordre passe, à dater de la publication du présent arrêté, à l’autorité militaire qui exercera, sous le contrôle supérieur de l’IGAME, préfet d’Alger, les pouvoirs de police normalement impartis à l’autorité civile. « Art. 2 : Pour le département d’Alger, délégation est donnée à l’autorité militaire pour l’exercice des pouvoirs prévus par l’article 1. « Art. 3 : Le général Massu, commandant de la 10e division parachutiste et le groupe de subdivisions d’Alger, et le secrétaire général de la préfecture d’Alger chargé de la police générale sont chargés, chacun en ce qui les concerne, de l’exécution du présent arrêté qui sera publié au Journal Officiel de l’Algérie. »

Affiche distribuée par l’armée en janvier 1957.

Tout en combattant le terrorisme, Massu essaie de convaincre les populations musulmanes que la France demeurera en Algérie.

Pourquoi le choix du gouvernement s’est-il arrêté sur Massu ?

Ce dernier a la réputation d’être un soldat de valeur qui ne se mêle pas de politique ; Gaulliste de la première heure, compagnon de la Libération, très attaché à la notion de discipline, Massu reçoit un ordre et l’exécute sans poser de questions. C’est un homme d’action avant tout.

Pour toutes ces raisons, Massu devient le fer de lance de la politique française en Algérie. Il lui faut rétablir l’ordre et, pour ce faire, utiliser tous les moyens contre l’organisation rebelle qui ne cesse de mettre en oeuvre les méthodes les plus atroces pour faire régner la terreur à Alger et dans le reste du pays.

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