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le : 25.05.2012


Témoignage de Marcel ARICH sur bouclage Bab el Oued

Publié le mercredi 25 mars 2009, par Jean Claude THIODET.
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Le texte qui suit a déjà été publié sur le site suivant :http://www.ldh-toulon.net/spip.php?... et c’est avec l’autorisation de son auteur, et compte tenu de sa valeur historique que nous le reproduisons ci dessous.

« Je suis né à Marseille, fils et petit-fils de pieds-noirs. Suite au décès de ma mère, j’ai trouvé un témoignage où mon grand-père relate les événements de fin mars 1962 à Bab El Oued. Il avait une entreprise de torréfaction. Si ce témoignage vous intéresse, faites-le moi savoir, c’est un document dactylographié de six pages ».

Ce témoignage, vous le trouverez ci-dessous. En le publiant, nous ne cherchons pas à revenir une fois de plus sur l’histoire d’une période – le printemps 1962 à Alger – qui reste l’objet de polémiques, mais nous souhaiterions transmettre le regard d’une personne qui a vécu ces événements toujours douloureux dans la mémoire de ceux qui les ont subis.

Le grand-père de Didier, Marcel Arich, est né autour de 1900 à Tunis.

En 1931 il est à Bône, directeur des cafés Antinea.

De là il gagne Alger. Il dirige un atelier de torréfaction, « Les Cafés Le Phénix ». C’est là, au 31 rue Léon Roches, qu’il vivra les événements tragiques de mars 1962.

A partir de 1962, il montera une nouvelle affaire de torréfaction à Marseille ...

Compte-rendu des événements de Bab-el-Oued au cours de la journée du 23 mars 1962 et des suivantes

L’après-midi de ce vendredi 23 mars 1962, j’avais rejoint l’usine plus tôt que d’habitude. J’y étais, en effet, dès 13 heures ; de nombreuses commandes pour le Centre-ville devaient être livrées.

A 14 heures, tout le personnel (Européens et Musulmans) avait repris son travail et vaquait normalement à ses occupations.

Il y avait bien eu, le matin, dans un quartier éloigné du nôtre, des incidents à Bab-el-Oued ; mais ces faits étaient, depuis quelque temps, quotidiens. Rien, par conséquent, ne nous interdisait de poursuivre notre activité.

A 14 h 30, notre voiture de livraison était chargée. Le chauffeur sur son siège, les portefaix à bord, moteur en marche, cette voiture s’apprêtait à quitter l’usine dont la porte cochère était déjà ouverte.

Tout à coup une violente fusillade éclate. Les balles sifflèrent, denses, dans la rue Léon Roches, devant notre usine. Je vis les passants fuir de toutes parts. L’un d’eux vint même se réfugier chez nous et y resta. Nous fûmes obligés de baisser le rideau et de nous enfermer. Nous avions, ainsi, été surpris en plein travail.

Au crépitement des courtes rafales de pistolets-mitrailleurs se mêla, aussitôt, celui des rafales, plus longues, des mitrailleuses. Un feu intense d’armes automatiques, lourdes et légères, devait alors se poursuivre, sans accalmie, jusque vers 22 heures.

Le couvre-feu était pratiquement établi. Deux autos mitrailleuses avaient pris position devant notre usine et un des mitrailleurs menaçait de faire feu sur nous, chaque fois que, pour essayer de parlementer, nous levions légèrement le rideau métallique de la porte d’entrée.

Nous étions donc condamnés à demeurer enfermés, jusqu’à ce que l’Autorité militaire veuille bien examiner notre cas.

A cet effet, je m’y employais âprement. Dès le soir de cette première journée, je prenais contact, par téléphone, avec le Poste militaire, P.C. du quartier de Bab-el-Oued, situé dans la rue Léon Roches, en face de notre Établissement.

Mais, à chacune de mes interventions, l’officier Commandant me faisait dire de rester sur place.

Il est vrai que la fusillade n’avait point diminué d’intensité. Des avions avaient même participé à l’action en mitraillant les terrasses des immeubles. Et, dans le crépitement des armes automatiques, nombreuses furent d’autres détonations, celles, sans doute, de l’éclatement de grenades dont l’une vint frapper, en explosant, la toiture de l’usine, effrayant ainsi nos ouvriers musulmans qui crurent à un incendie.

Il fallut donc nous résigner à passer la nuit à l’usine. Dès le lendemain matin, à 5 heures, toujours par téléphone, je reprenais contact avec le Poste militaire.

– « Le Capitaine n’est pas arrivé », telle fut la réponse, invariablement renouvelée par le soldat téléphoniste, à chacun de mes appels.

Cet officier se trouvait pourtant bien là, puisque, par un trou du rideau métallique, nous l’apercevions parfois devant le poste, donnant des ordres. Le Capitaine ne voulait point, par conséquent, répondre à nos appels.

Mais brusquement, vers 9 heures le deuxième jour, après nous avoir ordonné de lever le rideau, une patrouille du 9e Zouaves fit irruption dans l’usine.

Cette patrouille était commandée par un Maréchal des logis Chef de Gendarmerie mobile, militaire dans lequel nous reconnaissions aussitôt le tireur de l’automitrailleuse qui, la veille, nous avait tant menacés.

Très visiblement, les soldats de la patrouille parurent surpris de la présence dans l’usine d’ouvriers musulmans. Aussi fallait-il, en leur témoignant de la sollicitude, leur inspirer confiance.

– « L’Armée française protège les musulmans ! », clama aussitôt le Maréchal des Logis de gendarmerie, en s’adressant à ces ouvriers qui, cependant, ne paraissaient pas très rassurés.

Puis, se retournant vers nous, Européens, ce furent à notre adresse, de véhéments reproches ; ces reproches concernaient, notamment, notre appartenance probable ou possible à l’O.A.S., dont nous étions, pour le moins, affirmait-il, les complices tacites. Il nous faisait connaître, en même temps, qu’il lui était impossible, faute de moyens de transport, de nous faire reconduire hors de la zone investie. Il déplorait surtout la présence, dans « ce Bab-el-Oued » peu sûr pour eux, de nos ouvriers musulmans.

Pendant 3/4 d’heure, ce militaire nous tint ainsi des propos dans lesquels la hargne et la bravade étaient assorties de compassion.

La fusillade, qui depuis le lever du jour n’avait été que sporadique, avait, pendant ces 3/4 d’heure, complètement cessé. Nous pouvions croire, en effet, que c’était à ce seul sous-officier qu’il appartenait, dans tout Bab-el-Oued, soit de régler le cessez-le-feu, soit d’en ordonner la reprise.

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4 Messages de forum

  • Témoignage de Marcel ARICH sur bouclage Bab el Oued 28 avril 2009 15:43, par Jean-Claude THIODET

    J’apprécie beaucoup de témoignage qui apporte beaucoup d’éléments qui seront repris par la suite. Je ne relève qu’une erreur de date : A m on avis, le bouclage de bab el oued a cessé le 26 dans l’après midi. C’est le soir du lundi 26, en effet que nous avons quitté la clinique DURANDO et que j’ai pu rejoindre mon domicile à Saint-Eugène. Je dois dire, cependant que je ne suis pas allé voir ce qui se passait boulevard Guillemin. Peut être à ce niveau là, des difficultés persistaient-elles pour quitter Bab el Oued ou y accéder. Peut être d’autres témoins nous donneront-ils des précisions à ce sujet.

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    • Témoignage de Marcel ARICH sur bouclage Bab el Oued 28 avril 2009 17:45, par jeanlouismartinez

      Mon immeuble du 4 bis rue Léon roches, en plein centre de Bab-El-Oued a miraculeusement échappé aux perquisitions. Je me suis toujours demandé pourquoi.
      Le 25 mars, je m’attendais effectivement à être embarqué dans un camion de l’armée comme tous les voisins de la rue Fourchault que je voyais à travers une fenêtre entrebâillée. Cette même fenêtre que j’avais dû fermer précipitamment sur l’injonction d’un militaire qui m’avait carrément mis en joue avec son fusil.
      La veille, c’était l’enfer car ça a pétaradé sans interruption et très fortement le jour comme la nuit éclairée, quant à elle, par des fusées parties de je ne sais où.
      C’est là que j’ai eu la trouille de ma vie : Les murs périphériques de mon immeuble ne me paraissant plus assez épais pour me protéger par rapport à la puissance inouïe des détonations, je m’en suis éloigné au plus tôt pour me réfugier dans un couloir éloigné où je suis resté à plat ventre pendant des heures entières.

      Le 26, comme le dit justement Chibani le feu avait cessé.

      - Le matin, j’ai pu me rendre sans encombre, Place des Trois Horloges, toute proche où j’ai vu des voitures écrasées, en particulier une panhard réduite à l’état de galette et des lignes électrifiées au sol ;

      - L’après-midi, tout était calme et c’est de mon balcon que j’ai entendu sur mon transistor le drame qui venait de se produire rue d’Isly.

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    • Témoignage de Marcel ARICH sur bouclage Bab el Oued 28 avril 2009 19:30, par jeanlouismartinez

      Petit rectificatif à mon message précédent : Il s’agit du 24 mars et non du 25 comme indiqué par erreur ;

      Autre petite précision : Mon immeuble du 4 bis rue Léon Roches (donnant sur la rue Fourchault et les 3 Horloges), construit par mon arrière grand-père, cafetier à Bab-El-Oued, a été détruit par les autorités algériennes après les graves inondations de novembre 2001. Ces mêmes autorités avaient aggravé les risques d’inondation en obstruant les égouts, lieu d’écoulement d’un oued, pour éviter que les islamistes s’y cachent.
      Comme par hasard, une mosquée, construite tout à côté après l’indépendance, a été épargnée par les démolisseurs et bénéficie maintenant d’un bel espace, la mettant en valeur.

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  • Témoignage de Marcel ARICH sur bouclage Bab el Oued 13 mai 2009 21:28, par gilabert

    temoignage de MMe GILABERT sur bouclage de bab el oued

    bonsoir voila déja quelque temps que ma mère qui a 85 ans, c’est rappelée que le 13 mai 1958, donc aujourd’hui, date anniversaire du bouclage de bab el oued.
    donc voici son témoignage moi je n’avais que 4 ans et demi.
    "j’habitais 24 rue vasco de gama, mon mari était parti pour son travailcomme tous les jours, assez tot et nous étiins ignorants de ce qui allait se passer,
    c’est à dire quartier bouclé, impossible pour mon mari de revenir chez nous,
    impossible de faire des courses pour la journée ; je me retrouvais seule avec mes 2 enfants et cela a duré près d’une semaine.
    Nous n’avions le droit de sortir que le matin très tot mais nous ne pouvions faire aucune course pour les enfants vu que les militaires avaient tout cassé les magasins, plus de boulangeries, ni boucheries, ni même de pharmacies, les voitures en stationnement avaient étaitent ecrasées par les tanks ou autre gros
    véhicules militaires donc nous ne pouvios qu’aller en vitesse aux barbelés pour rassurer nos parents qui étaient de l’autre coté et là aux barbelés
    guillemin j’ai pu voir mon époux fou d’in quiétude. Nous étions perquisitionnés
    et cela ne se passait pas toujours bien dans certains endroits.
    Ils n’ont pas enlevé mon fils de 12 ans. JAMAIS JE N’OUBLIERAI CE CAUCHEMAR."
    Effectivement les années passant même moi j’ai toujours cette blessure en moi.
    voila j’espère que ce témoignage participera un peu à notre histoire.
    amitiés

    martine gilabert

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