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le : 25.05.2012


Dernière lettre d’un citoyen algérien au Président Boutéflika

Publié le mardi 22 février 2011, par MORA.
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Je vous adresse ci-après une lettre que j’adresse au Président Abdelaziz BOUTEFLIKA, en vous priant de bien vouloir avoir l’amabilité de l’étudier et d’examiner la possibilité de sa publication. Je vous remercie et vous transmets mes voeux nombreux et chaleureux.

BENATTOU KADDOUR A. - Citoyen

Lettre d’un citoyen algérien au Président de la République, Abdelaziz Boutéflika

Monsieur le Président,

Vous avez certainement remarqué que le gouvernement se met maintenant au travail seulement depuis le dernier conseil des ministres du 3 février. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait avant ? Vous avez également remarqué qu’en ces temps de crise, le citoyen regarde, impuissant et fragilisé, vers d’autres cieux et d’autres horizons et attend avec impatience que sa situation s’améliore.

TÉLESCOPAGES PERMANENTS ET SPECULTATION A CIEL OUVERT

Vous avez également relevé qu’au lieu d’imaginer de nouvelles formules pour répondre aux attentes des jeunes, certains de nos responsables continuent à se « télescoper » et « s’entredéchirer  », par presse interposée, et ce dans la seule perspective des prochaines échéances électorales de 2012 et 2014.

L’embellie financière n’a pas amélioré les conditions de vie des citoyens, mais a permis de remplir les poches de ceux qui ont créé « une planète des conteneurs » (les importateurs et parmi lesquels des ministres), et des spéculateurs "à ciel ouvert" qui ont failli mettre dernièrement le pays à feu et à sang, et qui ont toujours la force, grâce au silence complice d’une administration sclérosée et corrompue, de réduire à néant les espoirs nés du retour de la paix et la stabilité dans le pays.

LES PARTIS DE LA « SAINTE ALLIANCE » : UNE COQUILLE VIDE

Dans un langage que les algériens ne comprennent plus ou ne comprennent pas encore, les partis de la « Sainte Alliance » (FLN, RND, HMS), sensés vous soutenir, transforment des échecs en quelques tournures de phrases en succès éclatants. Ces partis qui semblent appartenir à une autre planète, n’ont pas été capables de vous alerter sur la détérioration des conditions de vie des citoyens et de vous informer sur les risques d’une forte augmentation des prix des produits de large consommation.

Le gouvernement que vous avez nommé et au sein duquel des ministres siègent depuis près de 30 ans, s’enferme dans des bureaux luxueux et théorise sur l’économie, les banques, le chèque, l’investissement, le logement, l’importation, l’éducation, les sciences, la quincaillerie, l’alimentation générale et bien sûr les "légumes secs" (propos du premier ministre aux journalistes), sans être capable d’apporter des réponses concrètes aux émeutes et manifestations de colère des citoyens, à ceux qui s’immolent, se jettent en mer ou se transforment en proie faciles de groupes mafieux ou terroristes.

EMPLOIS PERMANENTS : SOUCI PERMANENT DE NOS MINISTRES ?

Vous aviez, en 2006, à l’occasion de la réunion Gouvernement-Walis, mis en évidence que la création d’emplois permanents devrait être le souci permanent de vos Ministres, de nos cadres, de nos partis politiques (?), de notre presse. Vous aviez insisté sur le fait que l’échange d’idées entre les membres du gouvernement, les walis et un grand nombre d’experts des secteurs clés de notre économie, de même que l’examen des problèmes, des contraintes et des solutions, tant sur le plan horizontal que sectoriel, « aideront certainement à préciser la démarche de développement et à la placer dans son cadre le plus adéquat ».

Vous aviez ajouté à cette occasion que « nous n’avons pas d’autre choix que de poursuivre inlassablement l’effort de développement que nous avons engagé ces dernières années pour améliorer le cadre et les conditions de vie des citoyens, et pour créer des activités, des richesses et des emplois ». Mais rien n’a été fait.

EMPLOI DES JEUNES

Vous aviez insisté, à maintes reprises, sur l’emploi des jeunes pour en faire « un élément de mobilisation et de stratégie socio-économique, de sorte que les jeunes de notre pays, femmes et hommes, puissent apporter leur contribution dans la mise en œuvre de nos programmes et de nos politiques nationales ». Rien n’a été fait. La stratégie socio-économique n’est pas lisible ou n’est pas adaptée aux besoins réels de la population dont 75 % ont moins de 30 ans. Les mesures prises par le gouvernement ont déjà fait fuir les investisseurs étrangers qui n’ont rien compris à l’instabilité qui affecte nos lois et notre réglementation.

UNE JUSTICE QUI APPLIQUE LA LOI ET LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

Vous n’ignorez pas également, Monsieur le Président, que le manque de transparence et de communication affectent grandement la crédibilité de l’Etat et favorise ce que le peuple algérien dénonce quotidiennement, l’opacité et les trafics de tous genres.

Notre jeunesse et nos citoyens attendent beaucoup d’une justice qui applique la loi pour mettre un terme aux pratiques trop fréquentes de la corruption, du népotisme et des interventions inadmissibles à leurs yeux, et d’une administration crédible par ses actes et par le comportement de ses agents. Aucune transparence, aucune mesure concrète de lutte contre les multiples scandales financiers qui ont affecté grandement l’image de l’Algérie à l’étranger.

Même l’organisation du « Hadj » et de la Omra, avec l’argent des pèlerins, donne lieu , chaque année, à des catastrophes. Les mécanismes de contrôle ont été mis en œuvre. Résultat : une attente des citoyens qui dure, les deniers publics qui sont périodiquement détournés et une gestion qui ne s’améliore pas.

LA COMMUNICATION, LA DISPONIBILITÉ ET LA TRANSPARENCE

Au lieu de confiner dans cette opacité inexplicable, le peuple et la jeunesse voudraient que l’administration et les élus soient soumis à l’obligation d’expliquer leurs actions, leurs efforts et décisions et d’informer le public des priorités et des projets de développement. L’administration et les élus doivent avoir pour mission d’assurer, par le truchement de canaux spécialisés, l’information de la presse, du public, des partenaires sociaux et des milieux intéressés sur les activités des institutions de l’Etat.

Cette action d’information devrait s’appuyer sur les principes de disponibilité permanente et de transparence à l’effet de conférer aux pouvoirs publics autorité, crédibilité, efficacité, et réduire les effets de la persistance de rumeurs qui sont trop souvent véhiculées par une certaine presse et par les milieux hostiles à notre pays.

Ainsi, les institutions deviennent visibles et accessibles. La population et les médias peuvent alors voir le gouvernement à l’œuvre, avoir accès à ses programmes et services, et évaluer ses activités notamment celles portant sur la réalisation de projets de développement dans les différentes régions du pays. La rumeur cessera ainsi d’exister dans les rapports Administration-citoyens.

De tout cela, rien. Les élus disparaissent dans la nature dès l’annonce de leur élection à la tête d’une mairie ou à l’Assemblée nationale. Ils ne reçoivent aucun citoyen. Ils sont constamment absents et s’affairent à négocier telle ou telle "affaire".

La télévision d’Etat, personne ne la regarde. On recueille ailleurs les informations sur notre pays. Le nouveau ministre de la communication prépare des dossiers ( !) en silence.

RÉPONDRE AUX REQUÊTES ET DOLÉANCES DES CITOYENS

Une autre décision méritait d’être rapidement mise en œuvre : obliger toutes les administrations publiques à répondre aux requêtes adressées par les citoyens et qui portent sur des thèmes aussi divers que variés : révision d’une décision, logement, emploi, dénonciations de malversations, d’actes de corruption, de décisions arbitraires etc….

Les nombreuses requêtes transmises par voie postale ou publiées dans la presse écrite, n’ont jamais été examinées par l’administration et les élus. Aucune réponse ne leur a été accordée. Pourtant, leur simple lecture permettra d’identifier les besoins d’une région, d’une partie de la population, de déceler les lourdeurs procédurales, les irrégularités et de situer les insuffisances et dysfonctionnements qui caractérisent l’action de l’administration ou de ses agents.

Rien n’est fait à ce niveau. Les nombreuses requêtes, les plaintes, les cris de détresse restent sans suite.

ÉCOUTE ET DÉMARCHE DE PROXIMITÉ

Vous avez insisté, Monsieur le Président, à maintes reprises sur l’importance de l’écoute et d’une démarche de proximité. Vos instructions n’ont jamais donné lieu à un début d’application. Rien n’a été fait.

Vous avez également insisté sur la réception, par les responsables locaux et centraux, de recevoir le public, d’effectuer des visites sur le terrain, non pas pour se faire filmer par la télévision et donner l’impression que tel ou tel responsable travaille.

Le réseau des radios locales est utilisé seulement pour informer sur les activités officielles du Wali alors qu’il doit permettre de mesurer les besoins et de prévenir les mécontentement au lieu de réagir aux manifestations de colère qui sont, dans la plupart des cas, le résultat d’un déficit en matière de communication et de doléances répétées mais demeurées sans prise en charge par les responsables et élus à tous les niveaux.

Vous avez dit, lors de la rencontre Walis-Gouvernement de 2006, que «  L’administration doit être efficace au service et à l’écoute des citoyens et de leurs préoccupations, capable de résoudre leurs problèmes, de les informer de leurs droits et de leurs devoirs, et qui assume pleinement ses missions au service de la collectivité ».

Vous aviez rappelé l’indispensable qualité à conférer au service public comme une marque de respect et de considération de l’administration envers les citoyens.Rien. Rien. Rien.

RÉSOUDRE ÉPINEUX PROBLÈME DE LA DISTRIBUTION DES LOGEMENTS

S’agissant de ce dossier sensible et en particulier celui des logements sociaux, il vous a été donné d’inviter les responsables concernés à introduire la part de justice sociale, de raison et d’objectivité qui doivent présider à leur affectation. Des efforts ont été déployés, mais la corruption contrarie une juste distribution des logements aux seuls nécessiteux après enquêtes sociales et éventuellement de sécurité.

A ce sujet, il suffit de compter les centaines d’émeutes et de manifestations de colère pour se rendre compte que rien n’a été fait, mais que beaucoup a été fait en terme de corruption, de détournements des logements sociaux etc....

LE DISPOSITIF DE SOLIDARITÉ DÉTOURNE

Si les dispositifs de l’emploi des jeunes sont mal expliqués ou contrariés par la bureaucratie et la corruption, ceux de la solidarité nationale sont très mal utilisés et beaucoup d’observateurs ne manquent pas de parler de leur détournement.

Les plus démunis se fragilisent de plus en plus et attendent un petit geste des responsables ou élus. Des aides sporadiques sont remises à l’occasion de fêtes nationales ou religieuses, en présence d’une caméra.

L’action sociale de l’Etat est une action permanente qui doit avoir pour objectif non pas de dépenser des sommes colossales d’argent mais de réduire les difficultés d’une grande partie de notre population. Une petite inspection ou enquête permettrait, dès le départ, de déceler que les dispositifs de solidarité servent à remplir les poches de responsables chargés d’aider les plus démunis.

ALORS, POURQUOI ATTENDRE LA COLÈRE DES JEUNES POUR AGIR ?

Depuis des lustres, le gouvernement végète. L’administration locale et les élus n’ont rien vu venir. Ils étaient certainement occupés à étudier « les marchés publics » selon les « nouvelles règles du marché ». Rien n’a été fait par ceux que vous avez choisis et qui étaient sensés se mobiliser tous, dans un esprit de citoyenneté sincère, pour faire réussir votre amitieux programme d’investissements publics. Aucune évaluation, aucune proposition, aucun débat fructueux ne sont venus éclairer les centres de décision pour mieux répondre aux attentes légitimes de la population et surtout de la jeunesse.

Aujourd’hui, et sur vos instructions, le gouvernement s’attelle à trouver en urgence les solutions les plus urgentes et les plus adaptées aux multiples problèmes de notre population et de notre jeunesse. Il ne fallait attendre les émeutes et les manifestations de colère pour agir ou réagir. Les moyens sont pourtant disponibles et le gouvernement a échoué. Les partis de l’alliance, les élus et les autres ont échoué. Etre ministre durant 16 ou 30 ans et ne rien donner à son pays, c’est grave.

Monsieur le Président, vous vous êtes battu pour faire restaurer la sécurité et la paix dans le pays, vous avez réussi à effacer la dette et vous avez lancé un programme ambitieux d’investissements publics. Le peuple vous respecte et vous demande que le pays a besoin de sang nouveau, de démocratie, de justice, de liberté, de plus de transparence et de sincérité et d’une nouvelle démarche concrète en direction des jeunes, des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des membres de notre communauté à l’étranger et de toutes les compétences nationales qui représentent l’avenir de l’Algérie. Ces compétences, vous le savez, Monsieur le Président, sont mises à l’écart par les «  multiples moyens d’évaluation » en vigueur. Agissez rapidement et prenez les décisions qui s’imposent, vous en avez les moyens constitutionnels et n’écoutez pas ceux qui vous ont mené à la situation actuelle. C’est un dernier message que je vous adresse.

— Envoi via le site Notre Journal (http://notrejournal.info/) —

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