à côté, on serait presque plus réconfortés en lisant la presse algérienne
en particulier le paragraphe suivant
...... Sans rendre le tableau encore plus noir, on peut dire que c’est le destin qui a été réservé à la Côte. Un havre de paix devenu quartier par la force des choses. Que connaissent les jeunes générations « birmandreissiennes » de l’histoire de leur ville, de la Côte en particulier ?
Les plans du ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme font ressortir l’existence de trois bâtisses, elle remontent aux premières années de la colonisation.
La ferme Ruitort dont la construction aurait été achevée en 1864.
« Le Beau gîte » propriété de Mme Syntès, le bar qu’elle exploitait était devenu un repère pour les gens de passage.
La troisième bâtisse de l’époque coloniale aussi, était constituée de locaux au rez-de-chaussée. Le maître des lieux, Juan, faisait dans l’exportation des fruits et légumes. Ils y étaient lavés, rincés calibrés puis acheminés vers l’ancienne métropole française et les marchés locaux. Les magasins ont aujourd’hui changé d’activité. Un tôlier s’y est installé. Mais il n’y a pas que l’architecture urbanistique qui a changé. La ferme Ruitort et les propriétés environnantes formaient un écosystème savamment entretenu. Un équilibre parfait entre l’homme et une flore typiquement méditerranéenne. Des oliviers, des figuiers, des amandiers, des mûriers, des caroubiers, des orangers, des pruniers...Un cadre idéal où évoluaient plusieurs espèces d’oiseaux. Le chardonneret, l’oiseau-roi, le moineau, le rouge-gorge...mais aussi l’étourneau et le pigeon. Un image idyllique entre la nature et l’humain. Entre une terre amoureusement et jalousement entretenue. Elle le rendait au centuple, cette mère nourricière. On ne peut éprouver que de la nostalgie, de la tristesse devant la défiguration, la mutilation et la clochardisation de lieux paradisiaques qui nous ont vu grandir. Une enfance heureuse. Une insouciance sans limites. Comme ces espaces de liberté. Nous étions comme de jeunes lionceaux qui exploraient leur territoire. Un apprentissage idéal de la vie. Une structuration de soi. Ecouter la mélodie des oiseaux et le sifflement des feuilles d’arbre que fait chanter le vent. Le bruit que fait la pluie, qui martèle délicatement les tuiles rouges des maisons, finit par bercer nos nuits. Ce petit bout de terre, de quelques hectares, a vu grandir plus d’un enfant. Il a nourri généreusement des générations d’hommes et de femmes, avant d’être définitivement enseveli sous le béton. Il recèle encore et certainement des richesses enfouies, peut-être à jamais, dans ses entrailles, puis a surgi l’impensable. Un confluent dont l’itinéraire favori est la route à grande vitesse qui va vers l’Ouest, Blida, Boufarik, Aïn Defla, Khemis Miliana...dont la Côte est devenu un point névralgique. Une station de taxis clandestins s’y est ancrée. Plus un bout de trottoir n’existe. Les piétons circulent au beau milieu de la Route nationale n°1. Un gardien de parking, casquette en cuir vissée sur la tête, règne en maître absolu sur cette portion de territoire de quelques mètres carrés. Il impose sa loi à tout automobiliste qui veut y garer sa voiture. Des commerces ont vu le jour. Ils sont florissants. Une pizzeria, un café-restaurant, 2 taxiphones et un magasin d’alimentation générale font partie de la nouvelle carte postale des lieux. Non loin, un égout, sous les « vestiges » d’un vieux mûrier, dégage en permanence des odeurs nauséabondes.
C’est le début de la révolution agraire qui marquera un tournant décisif dans la douloureuse métamorphose de ce lieu paradisiaque. Une lente agonie qui clochardisera un quartier né par la volonté des hommes. Cela se fera de manière progressive mais irréversible. Je garde encore en mémoire l’image de ma grande-mère. Une véritable matrone berbère. Une Mama. Après plus d’un demi-siècle de résidence à Alger, elle avait gardé son accent. Venu tout droit des montagnes kabyles. Elle menait de main de maître sa petite famille (5 garçons). Même mariés, ils demeuraient sous sa coupe. Elle avait perdu son mari, l’hiver 1958. ...........
Mohamed TOUATI
Voir en ligne : extrait de la presse Algérienne (quotidien l’Expression)
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